Aller au contenu. | Aller à la navigation

Qui sommes-nous ?

Service protestant de mission - Défap
102 Bd Arago - 75014 Paris
+33(0) 1 42 34 55 55

Le Défap est le service missionnaire
de trois Églises protestantes de France

Qui fait quoi ?
Vidéo de présentation

Eliezer le bien-nommé - Le combat d’un nourrisson togolais pour la vie

Date de publication : 28/01/2013

Gisèle Bellamy, infirmière de formation, est Volontaire de la Solidarité Internationale au Togo avec le Défap. Elle travaille dans un centre de lutte contre la malnutrition comme missionnaire des Assemblées de Dieu.

 

Peut-être vous souviendrez-vous de cette crevette affamée criant sa faim de lait et sa faim de vivre, découverte un beau matin de février 2012 dans le ferme peule, où nous achetons notre lait pour le centre ?

La maman, mère de 8 ou 9 enfants s’était éteinte quelques jours auparavant, remettant le bébé aux soins de notre vendeuse de lait, Inna. Le père, porté aux abonnés absents, ne souhaitait pas voir ce bébé, sourdement accusé d’avoir tué sa mère, réaction commune chez beaucoup de pères !

Ah notre fichue manie de vouloir à tout prix un coupable pour, en toute paix et surtout en prenant bien soin de ne pas nous juger nous-mêmes, décharger sur cette victime expiatoire notre amertume, face à l’inexplicable, au malheur et la mort. Nous n’ignorons pas, nous chrétiens, quelle est l’origine de cet esprit d’accusation. Béni soit à jamais L’Agneau immolé dont le sang a vaincu et nous rend vainqueur de l’Accusateur, de l’esprit qui nous accuse, de l’esprit qui accuse !

- « Et qui a enceinté sa mère ? » (En franco togolais) fut-il demandé, cette semaine encore, à un autre papa, désignant sa charmante petite fille de quelques jours comme responsable de la mort de sa mère. Il a souri, l’affaire était entendue.

Nous étions Juin. Eliezer avait maintenant 4 mois, et je pensais bientôt lui donner ses premières bouillies infantiles

Mais revenons à notre crevette peule, que nous avions appelé entre temps Eliezer à la demande de la famille adoptive et en l’absence du papa fantôme. Nous avions opté pour un maintien à domicile avec un soutien en lait, et une surveillance régulière au centre. La ferme détermination à vivre d’Eliezer, nettement perçue dans ses grands yeux noirs dévorant sa face anguleuse de nouveau-né émacié, tenait ses promesses. Notre petit peul grandissait en taille, en poids et en grâce ! Oui, oui son sourire plein entier, son babil incessant, l’incroyable curiosité de son regard vif lui faisaient trouver grâce auprès de tous ceux qui l’approchaient !

Nous étions Juin. Eliezer avait maintenant 4 mois, et je pensais bientôt lui donner ses premières bouillies infantiles en remarquant que ses cuisses avaient perdu un peu de leur rondeur.

Nous étions en Juin, à Sokodé, au Togo en Afrique Subsaharienne.

Premiers violents coups de vent, prélude des premières pluies. Premiers déluges et surgissant des cloaques nauséabonds, des marigots boueux, des torrents et rivières bouillonnantes, les premiers bataillons de moustiques anophèles, assoiffées de sang, dards gorgés de plasmodium se mettent en branle pour une des plus vastes tueries annuelles de la terre. Et je pressens déjà les exclamations réprobatrices : excessif, excessif !! Vraiment ? Mais quelle armée peut prétendre tuer chaque année entre 800 000 à 900 000 êtres humains et comble d’horreur, surtout des enfants entre 0 et 5 ans et des femmes enceintes ? L’OMS estime qu’en Afrique subsaharienne, un enfant meurt toutes les minutes du paludisme. Au Togo, le paludisme est le problème de santé publique n°1, ou pour être plus précis, l’ennemi public n°1.

Eliezer n’échappe pas à ces premiers assauts du paludisme. Et c’est ainsi qu’un matin de Juin, Inna débarque au centre avec un Eliezer inédit : fini le regard vif d’un petit d’homme qui découvre le vaste monde ; cette fois c’est un regard de peur, de mal-être. La goutte épaisse faite en urgence nous révèle un sang « bourré » de plasmodium avec pourtant un état clinique correct. Nous débutons un premier traitement par voie intramusculaire. Malheureusement, nous nous ferons déborder magistralement par le paludisme, décidément imprévisible. Eliezer reviendra en urgence l’après-midi dans un état catastrophique : conscience altérée, geignements, agitation, mouvements anarchiques, nuque raide. Ce n’est plus une crise de paludisme, mais un neuropaludisme avec à cet âge, peu de chance de survie. L’ange de la mort rôde dans la salle d’observation du centre de santé, la vie d’Eliezer tient à un fil, et nous sommes suspendues à son souffle, redoutant la fin brutale. Inna pleure, nous prions : Seigneur, il s’appelle Eliezer, à cause de Toi, parce que nous Te l’avons confié et c’est d’abord ton enfant. Nous veillons jusqu’à 21h, il ferme enfin les yeux dans un semblant d’apaisement. Le lendemain, je crains d’aller au dispensaire, mais Eliezer est toujours là, calme, l’ange de la mort, lui, a disparu. Nous sommes débordantes de reconnaissance et tellement soulagées. Nous revivons, puisqu’il vit. La première tempête est passée, violente. Une semaine après, Eliezer un peu amaigri, retrouve le village de brousse, en plein émoi après la disparition brutale au cours de la nuit d’un autre nourrisson...

Une deuxième tornade meurtrière allait s’abattre quelques jours seulement après son retour à domicile.

« c’est avec l’aide de Dieu » qu’Eliezer est encore de ce monde.

A nouveau admission en urgence au centre de santé, cette fois dans une détresse respiratoire terminale ! Tableau indescriptible que celui d’un nourrisson de 4 mois qui cherche à respirer, nous n’avons même pas d’oxygène pour l’aider et déjà le teint d’Eliezer est cadavérique. Nous ne décrirons pas trop cet après-midi et cette soirée de tension extrême, par pudeur peut-être ! Cette fois Eliezer est bien aux portes de la mort, Inna, effondrée, le visage ruisselant de larmes lourdes et silencieuses, n’a plus de bras pour le soutenir. Eliezer passe donc une grande partie de l’après-midi dans mes bras, à nouveau mon souffle est suspendu au sien, souffle chaotique, douloureux, difficile, et à 2 ou 3 reprises impossible ; Eliezer devient gris, les yeux partent en arrière et s’éteignent , je le secoue : reste avec nous, tout en suppliant le Seigneur de nous donner une fois encore le secours et la vie...Seigneur, il s’appelle Eliezer et Tu as déjà tellement fait ! Le soir avec le pasteur Honou, à genoux au pied du lit, avec l’accord d’Inna, musulmane, nous prions ensemble pour la vie d’Eliezer. « En vérité, je vous dis encore que si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander quoique ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les cieux » Matthieu18/19 Glorieuse vérité, qui deviendra réalité le lendemain quand, les yeux ébahis, nous retrouverons Eliezer, non seulement vivant, mais bel et bien tiré d’affaire avec une respiration certes encore rapide, mais sans plus aucun signe grave de détresse respiratoire ! Le Seigneur avait répondu, Il avait encore une fois SECOURU Eliezer ! C’était une merveille à nos yeux !

Malheureusement, bien vite nous comprenons que si deux rudes batailles avaient été remportées grâce au secours de Dieu, nous n’avions pas remporté la guerre. Quelques jours à peine après ce relèvement spectaculaire, débarque au centre de santé le mari d’Inna. Il ne peut tolérer plus longtemps l’absence de sa femme à cause de cet enfant, qui n’est même pas le sien, alors que leurs 8 enfants restent au village sans leur mère ! Nous nous retrouvons seuls avec le petit Eliezer, car le laisser repartir en brousse encore convalescent, reviendrait à signer son arrêt de mort ! Nous profitons de cet « abandon » forcé pour alerter les services sociaux et essayer de récupérer le petit au sein de l’orphelinat. Nous sommes tous certains qu’Eliezer ne peut pas endurer un retour en brousse, non pas à cause d’un manque de maternage, mais bien à cause des très rudes conditions de vie. Pourtant c’est ce qui arrivera. Il réintégrera le village. Heureusement les services sociaux mènent diligemment leur enquête et en accord avec la famille, un placement à l’orphelinat est obtenu mi Juillet.

Nous recevons alors Eliezer âgé de 5 mois, truffé de multiples maladies et dans un triste état de dénutrition à 4,2 kg, alors qu’il devrait peser entre 6 et 7kg. Nous bataillons encore une fois, et encore une fois avec l’aide du Seigneur dans le choix de certains traitements, nécessitant des compétences bien supérieures aux miennes, et encore une fois, je peux témoigner, un peu comme Eve, que « c’est avec l’aide de Dieu » qu’Eliezer est encore de ce monde.

C’est l’enfant de la grâce et de la sollicitude bienveillante de Dieu. C’est un émerveillement de le voir maintenant avec son beau teint clair et luisant, ses rondeurs rassurantes et cette permanente bonne humeur, car c’est Monsieur « sourire » !! Double émerveillement donc : celui d’un petit d’homme qui se développe avec bonheur, et celui de voir en Eliezer les grandes œuvres de grâce, de fidélité et d’amour du Seigneur pour ces enfants orphelins de mère, il est vrai, et c’est un drame, mais sûrement pas orphelins de Dieu, qui de toute évidence les a adoptés... en partie grâce aux parrains et marraines ! Alors merci à la marraine d’Eliezer, qui je le sais, a porté cet enfant dans la prière. Qu’il fasse aujourd’hui sa joie, comme il fait la nôtre et plus encore qu’il fasse un jour la joie et le plaisir de son Père céleste qui l’a tant secouru !

 

Gisèle BELLAMY, Sokodé le 19/10/2012

Actions sur le document
    • facebook
    • twitter
    • Imprimer
    • Envoyer à un ami
    • favoris
    • more
Mots-clés associés : ,