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Ecologie

Date de publication : 22/01/2013

La mission sans conscience et sans solidarité écologiques serait-elle contre-nature ?

Par François Fouchier

De quelle mission parlons-nous ?

Tout d’abord rappelons que la mission évangélique nous conduit à proclamer autant le Dieu créateur que le Dieu d’amour. Sa création est une grâce et ses fruits sont une bénédiction. A nous de les accueillir et les gérer avec responsabilité et avec dignité. La tradition orthodoxe met probablement davantage l'accent sur la dimension spirituelle de l'actuelle crise écologique, révélatrice d'une époque qui a perdu le lien avec le mystère de la création.

Une époque qui a perdu le lien avec le mystère de la création

Par ailleurs, mission rime avec audace et espoir. Il importe de nous lever pour investir ce sujet « Mission/Développement durable » comme le fait par exemple le SECAAR qui promeut une approche globale de tout l’homme et de tout l’Evangile à travers le développement holistique. Il nous appartient d’interpeller et d’exhorter avec enthousiasme, détermination et sagesse. Nous n’avons pas de leçons à donner, notamment de la part des pays du Nord envers ceux du Sud qui pour la plupart ont maintenu un rapport plus naturel avec la terre, le terroir, le territoire. Par exemple, dans le Pacifique sud, pour les polynésiens et les mélanésiens, l’eau est un don de Dieu, la terre est une mère nourricière. Il y a un très grand respect de la nature dans ces cultures sans recherche d’une quelconque appropriation des ressources naturelles reçues comme une grâce.

Enfin la mission est prophétique. Notre devoir de clairvoyance et de vigilance en matière de justice et d’épanouissement est plus que jamais nécessaire dans un monde qui perd la boussole.

Une prise de conscience préalable à l’action

Le principe de réalité s’impose en premier lieu : nos ressources tant convoitées sont à présent menacées. Les ressources naturelles de notre planète sont limitées alors que la pression qui s’exerce semble infinie. Notre besoin de superflu devient malheureusement sans limite et pourtant il faudra se faire à l’idée que notre croissance ne va pas pouvoir se poursuivre sur les mêmes bases. Retenons que si toute l’humanité devait consommer autant de ressources naturelles qu’un européen, il nous faudrait trois planètes... Quelles que soient les échelles de temps ou d’espace nous ne bénéficions que d’une seule planète. Comme le dit très justement Jean-Marie Pelt, professeur de botanique et écrivain engagé dans la foi chrétienne : «Notre croissance est devenue une excroissance».

Face àcette pathologie fatale, il nous faut trouver des remèdes. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous élever contre l’abandon de nos meilleures terres fertiles (au profit d’aménagements ou d’urbanisation) impliquant soit une délocalisation irréversibles des cultures soit une agriculture hors sol qui n’est pas sans poser de questions au niveau qualitatif mais également en usage accru d’engrais et de pesticides dont les effets environnementaux et sanitaires restent sous-estimés. Nous avons par contre du mal à évaluer les effets d’une humanité «hors-sol» qui perd toute référence à un terroir (l’espace est notre première ressource naturelle).

L’homme devient davantage vulnérable et dépendant (imaginons par exemple le chaos d’une agglomération aujourd’hui privée d’eau et sources d’énergie) tout en le privant d’espaces et de paysages naturels qui l’invitent au ressourcement et à la méditation.

Notre mode de développement génère un accroissement des inégalités et des injustices, provoque des déplacements de populations sans précédent du fait du réchauffement climatique, aggrave des crises alimentaires et des risques de pénuries d'eau potable et de ressources énergétiques, etc…

A court terme, ce sont les plus pauvres qui subissent ces crises (les crises environnementales et sociales constituent le pendant de la crise économique mondiale que nous traversons) mais le «syndrome du Titanic» est face à nous : si la planète sombre, riches ou pauvres, nous en subirons tous les conséquences. Comme le souligne Edgar Morin : « A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, l’urgence est de revenir à l’essentiel ».

Alors pour paraphraser l’apôtre Paul, si tout est « presque » possible, tout n’est pas bon et il convient de changer de comportement car nous faisons collectivement fausse route.

Solidarité écologique et acteur d’un développement durable

Si l’engagement missionnaire a depuis longtemps appris à concilier les exigences d’une diversité des cultures, il demeure encore très timide quant aux exigences de la préservation d’une diversité des espèces et des espaces naturels, notre biodiversité, source de notre épanouissement (et survie) sur terre.

«Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions», disait déjà Einstein. Face à l’inadmissible nous devons faire tout d’abord acte de résistance et provoquer une rupture avec la médiocrité qui se banalise et caractérise tout système basé sur le seul profit. Il ne faut cesser de le combattre et ouvrir de nouveau horizons.

Notre environnement constitue un patrimoine commun de l’humanité. Il se joue là un enjeu de solidarité entre les hommes et les femmes de chaque territoire tout d’abord puis à l’échelle planétaire ensuite.

Concernant l’autosatisfaction des besoins alimentaires, il convient de s’opposer aux importantes confiscations des meilleures terres fertiles, notamment en Afrique de la part de pays asiatiques.

Ensuite, les productions délocalisées, comme par exemple des aliments pour les élevages des pays occidentaux, ne doivent pas se faire au détriment des productions agricoles locales et n’oublions pas que c’est au cultivateur qui peine que doit d’abord revenir sa part de fruit (2 Tim 2 v 6).

Il s’agit de modifier nos modes de consommation et de production tout en faisant la promotion d’un juste partage. A cette fin, nous devons nous engager de façon volontariste sur des actions relevant du triptyque : RÉDUIRE, RENONCER, PARTAGER.

Enfin, notre action doit s’inscrire dans un nouvel horizon éthique et spirituel. D’une part, une nouvelle gouvernance est à promouvoir laissant une place plus importante à la société civile (ONG, associations,…). D’autre part, notre environnement n’est pas une marchandise comme une autre et le pouvoir de l’argent ne peut diriger ce capital commun. En matière de ressources naturelles et de préservation de notre environnement, la question de la solidarité entre générations se posent d’une manière encore plus pressentes car comme l’a joliment écrit Antoine de Saint-Exupéry : « Nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants ».

Conclusions ou questions : Et on va où après ?

Le maintien de l’intégrité de notre environnement pour l’épanouissement de toute la création ne constituerait-il pas une mission actualisée « d’arche de Noé » moderne ? Nos Eglises sont invitées à porter une parole et agri sur cette question essentielle comme le font «Bible et création», le SECAAR, la Fédération Protestante de France, l’Alliance biblique française , l’association Culture Environnement Médias, «OEKU Eglise et environnement» ou encore le CIPCREix. A plus petite échelle, nos paroisses peuvent engager des actions concrètes : consommation énergétique, achats éco-responsables, repas et sainte-cène à partir de produits issus d’une agriculture biologique ou raisonnée, etc…

La conférence des Evêques de France vient de publier mi-avril 2012 un rapport intitulé « Enjeux et défis écologiques pour l’avenir ». Ils proposent une lecture chrétienne de la crise écologique en rappelant que “notre humanité a un urgent besoin de gens responsables et solidaires, d’économistes et d’ingénieurs, de juristes et de politiques, d’éducateurs et de paysans, d’artistes, de poètes et de mystiques réconciliés avec leur condition d’enfants de la terre. Elle a besoin de vrais jardiniers.” En écho probablement aux autres ateliers de ce forum, il apparaît urgent que nos actions missionnaires remettent à plat les fondements de notre existence et notre vivre ensemble selon des modes de sociétés à reconstruire.

«Aimez toute la création dans son ensemble et dans ses éléments, chaque feuille, chaque rayon, les animaux, les plantes. En aimant chaque chose, vous comprendrez le mystère divin dans les choses », écrivait déjà Dostoïevski dans « Les frères Karamazov » en 1880.

Le Service Chrétien d'Appui à l'Animation Rurale (SECAAR) est une Association regroupant une quinzaine d'Eglises et organisations d'Afrique et d'Europe qui encouragent l'engagement de ses membres dans un développement global ou holistique. Pour en savoir plus : www.secaar.org

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