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Changer de regard sur l’Afrique

Date de publication : 28/11/2013

« L’Afrique est notre avenir » : derrière ce titre en forme de provocation face à tous les « afro-pessimistes », deux sénateurs, Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel, tracent dans un volumineux rapport de 500 pages le portrait de l’Afrique d’aujourd’hui : sa croissance, ses opportunités à ne pas manquer, ses risques à ne pas négliger.
Changer de regard sur l’Afrique

« L’Afrique est notre avenir » : conférence à l'AFD © Défap

 >> L'Afrique est notre avenir : présentation sur le site du Sénat << 
 >> L'intégralité du rapport en ligne << 

Un continent taraudé par les guerres, l’instabilité politique, en panne de développement : cette image d’une Afrique « mal partie », selon le mot de René Dumont, est encore très largement répandue en Europe aujourd’hui. Elle trouve facilement matière à s’alimenter à travers les images de migrants naufragés en Méditerranée ou de militaires français intervenant au Mali. Ce n’est pas nécessairement cette Afrique que rencontrent les envoyés du Défap. Ce n’est pas celle qui apparaît dans leurs témoignages. Car derrière les problèmes sécuritaires indéniables, qui ont poussé François Hollande à organiser, les 6 et 7 décembre, un Sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, derrière l’envoi annoncé de renforts français en Centrafrique, derrière les inégalités de richesses flagrantes, s’avancent d’autres réalités qui peuvent mieux rendre compte de l’évolution de ce continent aujourd’hui : les défis d’une urbanisation rapide, les nouvelles routes des échanges commerciaux, l’attrait retrouvé des investisseurs… Ce sont ces grandes tendances, ces mutations sociales et économiques en marche en-deçà des soubresauts de l’actualité, dont s’efforce de rendre compte un rapport d’information mené par deux sénateurs et intitulé en manière de défi : «L’Afrique est notre avenir».

La conférence organisée par l'AFD © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Ce n’est pas le premier appel à «changer de regard sur l’Afrique». Mais par sa richesse et sa volonté d’impartialité, le travail présenté par Jeanny Lorgeoux (sénateur PS du Loir et Cher) et Jean-Marie Bockel (sénateur UDI-UC du Haut-Rhin) devrait faire date. Certes, l’Afrique y est vue dans une optique bien précise : sous l’angle des risques et des opportunités qu’elle représente pour la France. Une volonté stratégique affichée qui se décline d’ailleurs en 70 propositions pour réorienter la politique française vis-à-vis de l’Afrique. Mais à travers ces quelque 500 pages sorties des travaux de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées du Sénat, c’est une étude complète et inédite des grands bouleversements du continent qui apparaît. Fait tout aussi inédit et significatif, ce rapport a été présenté pour la première fois lors d’une conférence organisée, non pas au Sénat, mais à l’Agence Française de Développement, le 13 novembre dernier. Y participaient notamment ses deux auteurs, mais aussi Anne Paugam, directrice de l’Agence, Jean-Marc Châtaignier, directeur général adjoint de la mondialisation, du développement et des partenariats au ministère des Affaires étrangères, ou encore Lionel Zinsou, banquier d'affaires franco-béninois et conseiller au cabinet du Président de la République du Bénin.

Face à « l’air du temps » véhiculant à l’envi des images inquiétantes de l’Afrique, Jean-Marie Bockel a voulu poser des éléments de diagnostic. Le continent africain, a-t-il souligné, évolue à grande vitesse : il comptera un milliard de nouveaux habitants d’ici 40 ans. Il regroupera alors un quart de l’humanité. Loin des stéréotypes, il représente un grand marché, du pouvoir d’achat, une dynamique jeune, un enjeu de développement et de stabilité. Ce dont les économies d’Asie ont su profiter bien avant l’Europe : la Chine est depuis 2009 le premier partenaire commercial de l’Afrique, suivie de près par le Japon et la Corée. La France, quant à elle, est en perte de vitesse. Malgré une histoire commune, une langue partagée, 1000 entreprises françaises implantées en Afrique, 200 alliances françaises, 80.000 étudiants…

Jean-Marie Bockel : « Dépasser le récit quotidien des médias » sur l’Afrique

 

Certes, l’influence française est encore bien perceptible, ce qui se mesure aussi dans le secteur économique. Et comme l’a souligné Lionel Zinsou, le total des exportations du continent africain reste encore aujourd’hui inférieur d’un tiers aux exportations de la France. Mais l’Afrique se retrouve déjà courtisée car elle représente un réservoir de croissance, ce après quoi courent tous les pays développés. Cette croissance africaine n’est pas linéaire, elle est inégalement répartie, mais elle est indéniable. Et les rapports de force économiques changent de plus en plus à son avantage. C’est ce que montre, par exemple, une comparaison entre l’envol des prix des matières premières exportées du continent africain, et l’effondrement des prix des produits manufacturés qui y sont importés. Ce que montre aussi une carte du développement des grands centres urbains en Afrique.

Lionel Zinsou : en finir avec une vision « compassionnelle » de l’Afrique

 

On est loin désormais de la dénonciation du panafricaniste et tiers-mondiste burkinabè Thomas Sankara, l’une des figures du mouvement des « non-alignés », qui réclamait en 1987 la création d’un « front uni contre la dette » regroupant les anciens Etats colonisés. Ce rapport, a insisté Lionel Zinsou, suggère l’idée d’un partenariat d’égal à égal. En dépassant les « vieux schémas » hérités de la colonisation (« Dans mon pays, elle n’a duré que 64 ans... et nous sommes 50 ans plus tard »), et en essayant d’envisager tout ce que la France aurait à perdre en s’accrochant à une vision dépassée de l’Afrique : un véritable « renversement copernicien », selon lui.

Lionel Zinsou : « Il faut bien tourner une page tous les 50 ans »

 

Le rapport ne cache toutefois rien des problèmes nés de cette croissance même, comme la piraterie et le développement des trafics de drogues. Les cartels mexicains, a notamment souligné Lionel Zinsou, font ainsi transiter par l’Afrique l’équivalent de 70 milliards d’euros de substances illicites (alors que le PIB du Bénin représente moins de 6 milliards d’euros), finançant au passage tous les mouvements de déstabilisation terroristes. Voilà une nouvelle donnée économique qui n’a plus rien à voir avec la colonisation, mais dont les effets sont bien réels… Autre défi : l’empreinte écologique de l’Afrique a augmenté de 240 % en 40 ans. Se pose donc pour elle la question d’un développement durable au-delà même de l’exploitation du milieu naturel. Et à côté de pays à l’économie en forte croissance (l’économie de l’Afrique du sud représente à seule 25 % du PIB de l’Afrique sub-saharienne) perdurent des zones de faible développement. Des inégalités qui représentent des défis immenses : 400 millions de personnes sur ce continent vivent en-dessous du seuil de pauvreté avec 1,5 dollar par jour, l’espérance de vie y est de 24 ans inférieure à celle de l’Europe, le continent ne compte que 11 % de ses ressources issues de l’industrie, on déplore dans certains pays l’absence ou l’insuffisance d’Etat, l’absence de sécurité… Comment se résoudront les tensions de ce décollage économique qui laisse de côté une partie du continent ?

 

Face à ces enjeux qu’elle ne peut ignorer, la France doit, selon Jean-Marie Bockel,  « trouver comment se situer entre ingérence et indifférence. Notre présence militaire ne cache-telle pas un désengagement durable ? La France est-elle en train de rater le virage actuel de l’Afrique ? Elle dispose pourtant d’atouts pour prendre sa place dans un contexte qui n’est plus postcolonial, mais plutôt orienté vers une démarche gagnant/gagnant, dans une relation équilibrée et respectueuse. » Et de conclure : « L’échec de l’Afrique serait un cauchemar pour l’avenir de l’humanité. »

Jeanny Lorgeoux : « Nous avons vocation à déclencher une prise de conscience »

 

Rapport d'information N° 104 (2013-2014) de MM. Jeanny LORGEOUX et Jean-Marie BOCKEL, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, déposé au Sénat le 29 octobre 2013
Prix : 11.00 € à la librairie du Sénat

 

Franck Lefebvre-Billiez

 
 
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