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Vie rêvée, vie réelle

Tous les pays sont concernés par l’accueil ou le passage de migrants. Ces flux sont parfois valorisés, lorsqu’il s’agit des migrations de « cerveaux », de « compétences » donc de « revenus financiers ». Ils sont souvent refusés et dénigrés lorsqu’ils sont clandestins et liés à l’absence d’espoir dans les pays de départ. Le Maroc est devenu un de ces « pays tampon », à cheval sur l’Afrique et l’Europe où les migrants attendent « un passage » vers un ailleurs pas toujours meilleur. Un pays avec, à la fois, une importante diaspora à l’étranger et une communauté subsaharienne croissante. Bon nombre sont protestants évangéliques ou pentecôtistes.

À Casablanca, les étudiants et les migrants ont afflué au culte, à la chorale et au service d’entraide sans que, parfois, on arrive bien à les distinguer. L’Église évangélique au Maroc (EEAM) a dû, alors, composer avec ces deux populations : les migrants (cf. pages 10 à 13), sans revenus ni statut et les étudiants (pages 6 à 9), présents au Maroc pour une durée déterminée, le temps d’obtenir leur diplôme. Les projets des étudiants se confondent parfois avec ceux des migrants : « passer en Europe » ou « rentrer au pays », coûte que coûte. À la veille de son retour à Pointe Noire, Emery, 26 ans, étudiant et commercial en informatique souffle, lassé : « Je n’ai pas trouvé facilement de boulot. Je n’ai pas eu non plus beaucoup de distractions en dehors de l’Église. » Au Maroc, l’accueil des subsahariens existe grâce aux Églises chrétiennes et aux ONG. Pourtant, Jean-Luc Blanc, pasteur et président de l’EEAM, reconnaît : « Il n’y a pas de place dans la société marocaine pour un individu non-musulman. »

Cet entre-deux pousse l’EEAM à la créativité. L’Église va jusqu’à soutenir le retour dans le pays d’origine et le démarrage de la vie professionnelle via des projets de micro-entreprises. Cette activité pourrait paraître bien éloignée des préoccupations ecclésiales habituelles. Preuve qu’une Église n’est pas nécessairement « déconnectée » des réalités quotidiennes.